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Trois essais sur la théorie sexuelle

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À partir d’une lecture de :

FREUD, S. (2006). Trois essais sur la théorie sexuelle, Fragment d’une analyse d’hystérie et Autres textes, 1901-1905. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome VI. Paris, PUF.

La méthode psychanalytique de Freud (1903) est un bon résumé des définitions et conceptualisations freudiennes principales. En passant par la question du refoulement, de la résistance et des points plus techniques, Freud profite de cet écrit pour apporter l’idée que la psychanalyse, plus qu’une pratique, se trouve être une relation à vivre et à ressentir. C’est d’ailleurs peut-être cela qu’il faut comprendre du cas de Dora, en ce qu’il permet de penser le concept de transfert. Pour lui, même s’il présente des limites cognitives et intellectuelles (p. 16-17), l’enjeu du dispositif est bien la levée du refoulement (p. 15).

Il est intéressant de voir que Freud ne se positionne pas dans une appréhension bipolaire de la souffrance, c’est-à-dire qu’il ne distingue pas franchement le normal du le pathologique. C’est donc de cette dynamique de distanciation vis-à-vis de la sphère médicale, qu’il développe la théorie d’un normal à multiples variations, évoluant sur un continuum plus large faisant le lien entre les deux pôles cités ci-avant. C’est à partir de ce développement sur les variations de la normale que naît le travail sur les théories sexuelles infantiles.

De la psychothérapie (1904) est central dans son œuvre puisqu’il pose les bases de ses observations ultérieures sur la question du transfert et donne une place prépondérante à la psychothérapie en proscrivant fermement la prise en charge somatique unique. D’ailleurs, il précise que la psychothérapie est un procédé ancien, engageant pour le médecin et parfois pratiqué sans en avoir l’intention (p. 48).

Désireux de sensibiliser les médecins sur leur pouvoir curatif, au-delà des techniques médicamenteuses (p. 49), il fait rapidement l’éloge de sa méthode en la distinguant d’emblée de toutes les autres. C’est en critiquant l’hypnose notamment qu’il démontre comment l’objectif général est d’enlever la symptomatologie rendu obsolète (plutôt que d’introduire, de compléter ou d’ajouter) en permettant la compréhension de sa génétique (p. 51).

En fin d’article (p. 54-58), il décrit les indications et les limites de la technique (plus ou moins pertinentes aujourd’hui) complétant et précisant ainsi les conceptualisations précédentes. À ce propos, je ne pensais pas que Freud était aussi ouvert et nuancé dans ses limites : « Je ne tiens nullement pour exclu qu’on puisse dépasser cette contre-indication en modifiant de la manière appropriée le procédé et s’attaquer ainsi à une psychothérapie des psychoses » (p. 54).

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Fugit Amor, 1887-1900, par Auguste Rodin (1840-1917). Marbre. Musée Rodin, Paris, France.

Pour exposer les bases de ses élaborations suivantes, il décrit le principal mouvement psychique à désamorcer, ce jeu entre la résistance, le refoulé et le moi : « L’émergence de cet inconscient est liée à du déplaisir et à cause de ce déplaisir elle ne cesse d’être repoussée par lui. C’est dans ce conflit dans la vie d’âme du malade que vous intervenez maintenant ; si vous réussissez à amener le malade, du fait d’une meilleure compréhension, à accepter quelque chose qu’il avait, par suite de la régulation automatique de déplaisir, jusque-là repoussé (refoulé) » (p. 57). C’est en construisant autour du refoulement, qu’il en fait la fondation principale de la névrose.

Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) est un article longuement travaillé, jonché d’incohérences, de modifications et d’annulations. En plus d’être un théorie audacieuse, il est pour moi un texte très intéressant à lire pour ses indications épistémophiliques. Présentant ses résultats comme des incontournables pour la psychanalyse et pour la compréhension de l’inconscient, il se heurte avec violence aux résistances et critiques des communautés scientifiques et populaires.

Freud se rend compte au cours de son travail que parler des constructions névrotiques nécessite inévitablement l’abord de la sexualité et de ses limites, cela pour tous les pendants de la vie psychique du sujet en développement. De plus, et c’est aussi cela qui incarne le nœud des critiques acerbes éveillées par ses recherches, il propose d’élaborer une sexualité plus développementale. En effet, il veut déconstruire la conception erronée médicale et populaire de la sexualité « censée manquer à l’enfance » (p. 67).

En étudiant finement les variations de la sexualité normale, il décrit dans quelles mesures celle-ci tend vers des aménagements névrotiques ou pervers. Il dit que le plus important, plus que les variations en elles-mêmes (qui caractérisent aussi les sujets sains), ce sont les modalités du développement psychosexuel qui vont déterminer les destins de l’inconscient. Freud va donc prendre le temps de conceptualiser la sexualité infantile comme un temps originaire à la base des figurations ultérieures, de la puberté et de l’âge adulte.

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Mary Barnes, patiente schizophrène, 1976. Voir l’ouvrage : « Un voyage à travers la folie » de Mary Barnes et Joseph Berke.

Ce que Freud soumet aussi c’est que la pulsion ne va jamais directement se fixer à l’objet mais qu’elle peut emprunter d’autres voies lorsque la principale n’est pas autorisée. Comparées à d’autres pulsions, les résistances sociales, intimes et culturelles invitent celles de la sexualité à innover en variation pour atteindre des buts, par des détours plus ou moins distants. C’est cela qui montre à quel point elle est importante, car tendrait inévitablement vers un but sans jamais s’apaiser durablement (p. 81). Freud interroge aussi la limite entre « objet sexuel réel » et « objet sexuel psychique » dans ce qu’elle est incarnée par des processus psychiques tels que des émotions, l’idéalisation et parfois le dégoût. Ce dernier est un biais social, cultuel, éducationnel qui viendrait empêcher la libido d’investir l’objet du désir sexuel, pouvant avoir pour fonction de réprimer un fantasme. Surmonter ce dégoût deviendrait alors un objectif excitateur dans l’activité sexuelle.

C’est en pensant l’homosexualité, le couple sadisme/masochisme, le fétichisme et des variations plus relative que Freud affirme l’innervation totale de la pulsion sexuelle, comme concept limite entre le psychique et le somatique. C’est alors qu’il fait le lien entre résistance et libido, la résistance pouvant être le régulateur de la libido. Enfin, les développements qui concernent les pulsions partielles et les zones érogènes sont pertinents et nous montrent que Freud s’empare complètement du concept de pulsion pour en faire un objet d’étude à part entière, tentant de sortir de la confusion entre génital et sexuel (p. 116). Les autres grandes distinctions qu’il fait sont entre pulsion d’autoconservation/pulsion sexuelle, entre pulsion partielle/pulsion unifiée. Le mouvement général de ces différences va de l’auto-érotisme vers l’érotisme d’objet jusqu’à la domination du génital : « L’activité sexuelle s’étaye d’abord sur une des fonctions servant à la conservation de la vie et s’en rend indépendante seulement plus tard » (p. 117).

Si les théories et hypothèses sexuelles des enfants sont déterminantes (culpabilité, désir de savoir, complexe de castration, convictions sadiques du commerce sexuel) pour toute la vie psychique à venir (p. 131), Freud développe également le temps de la latence et l’influence de la puberté.

Son Fragment d’une analyse d’hystérie (1905) permet de lier pour la première fois, dans un cas, en se saisissant des outils précédemment développés, les théorisations sur l’hystérie, sur l’interprétation du rêve et sur la psychopathologie de la vie quotidienne. Il articule avec logique et détail l’ensemble des concepts clés développés jusque là. De plus, ce cas montre très bien combien les symptômes, les refoulements et les bénéfices qui en découlent visent à protéger le moi (d’où les résistances à quitter une symptomatologie). Il théorise en ouverture la question inévitable du transfert dans la cure (probablement ce qu’il n’a pas réussi à maitriser dans ce récit), comme des « rééditions, des reproductions de motions et fantaisies appelées à être éveillées et rendues conscientes tandis que l’analyse avance, s’accompagnant d’un remplacement – caractéristiques de toute cette catégorie – d’une personne antérieure par la personne du médecin » (p. 295).

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