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Une lecture des Tomes IX [Partie 2] et X des Œuvres complètes de Freud.

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À partir de la lecture de :

FREUD, S. (1998). Analyse de la phobie d’un garçon de cinq ans – Remarques sur un cas de névrose de contrainte, 1908-1909. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome IX. Paris, PUF.

FREUD, S. (1993). Léonard de Vinci, Un cas de paranoïa, Cinq leçons et Autres textes : 1909-1910. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome X. Paris, PUF.

Le texte qui vient clore le tome IX des Œuvres Complètes de Freud est le compte rendu d’une cure très connue, celle de Ernst Lanzer, habituellement nommé « L’homme aux rats ». Remarques sur un cas de névrose de contrainte (1909), fait une suite intéressante à Analyse de la phobie d’un garçon de cinq ans (1908) en ce qu’il s’agit d’une étude tout aussi fine et précise.

phobie-adulte-angoisse-psychologue-saint-germain-en-laye« L’homme aux rats » est une appellation signifiante parce qu’elle fait référence à la symptomatologie de ce jeune homme, qui développa une névrose de contrainte (obsessionnelle), peu de temps après avoir entendu l’histoire d’une torture pendant laquelle des rats étaient introduits avec violence dans l’anus d’un condamné.

Ce récit est intéressant car Freud, toujours en recherche d’une étiologie pour certains processus animiques, pose ici les premières bases théoriques et cliniques qui préfigurent la névrose obsessionnelle, observant ce cas avec une approche métapsychologique, à la fois de la symptomatologie et aussi des avancées de la cure.

Juste après, De la psychanalyse (1909), est une série de cinq conférences qui lui permet de communiquer largement sur ses avancées, du détachement de l’hypnose à ses travaux les plus récents. C’est un enjeu très important pour Freud à l’époque, parlant pour la première fois de ses théories aux États-Unis, où la psychanalyse était encore peu connue. Au cours de ces cinq interventions, Freud revient sur l’hystérie de Anna O., rappelle et articule ses découvertes sur la sexualité infantile, l’interprétation des rêves et le complexe d’Œdipe.

Dans la première leçon, il développe les origines de la psychanalyse, avec l’investissement de Breuer, dans les essais de compréhension des cas de symptômes physiques qui ne comportent pas de substrat anatomo-clinique. C’est à partir de l’hystérie qu’il fit effectivement le lien entre expérience émotive, traumatisme psychique et la symbolique qui s’exprime par le corps. Et si les symptômes sont présentés comme des résidus d’éléments traumatiques réels ou fantasmés, Freud précise que c’est de là que nait la psychanalyse, visant à exprimer toute la charge refoulée pour supprimer les fixations symptomatologiques.

Dans la deuxième leçon, Freud explique pourquoi il s’est distancié de Breuer et donc de l’hypnose. Il met en avant le concept de refoulement avec plus de précision et explique de quelle manière le psychisme s’organise autour de conflits, entre des désirs et des interdits. Il démontre pourquoi, pour lui, la tâche du médecin (avec la psychanalyse) est de rendre possible la cohabitation entre les deux forces du conflit, afin de permettre l’accès du refoulé à la conscience, et pour qu’il soit accepté par le sujet avec ce qu’il déclenche comme résistance, puis retransformé car compris et accepté sans culpabilité.

Dans la troisième leçon, Freud développe cette idée des résistances psychiques. Il expose l’œuvre du refoulement et de la nature défensive, montre la manière dont un individu peut éviter et transformer pour ne pas dire ou faire : c’est cela qui serait à l’origine de la distinction entre les contenus latents et les contenus manifestes. Il parle alors de ses travaux sur le rêve ce qui lui permet de parler de condensation et de déplacement. C’est aussi là qu’il parle des lapsus avec ce qu’il a théorisé des relâchements dans la censure.

Dans la quatrième leçon, il évoque ce qu’il a compris de la place de la sexualité dans l’équilibre psychique des individus, même normale, et de ses variations. Il dit que la sexualité joue un rôle fondamental, souvent en s’opposant à l’idéal social, la société pudique et interdictrice. C’est alors qu’il développe l’actualité de ses travaux sur la sexualité infantile et sur l’auto-érotisme, en terminant par l’articulation de ceux-ci aux désirs œdipiens.

Dans la cinquième et dernière leçon, Freud évoque clairement l’idée que les symptômes névrotiques sont le résultat d’un désir sexuel réprimé, censuré. C’est alors qu’il revient sur l’idée des résistances à la cure et sur les bénéfices secondaires des symptômes difficiles à quitter. Il parle également du transfert et de la relation thérapeutique.

Ensuite, avec Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique (1910), Freud, voyant certainement sa technique se diffuser, appelle les praticiens à une rigueur et à partager l’idée qu’il s’agit d’une méthode profondément humaine, au-delà d’une simple méthode thérapeutique. Il s’agit pour Freud d’initier un mouvement pour que toujours la psychanalyse se remette en question, pour qu’elle conserve le plus longtemps possible une place dans le social et qu’elle incarne scientificité et technicité.

rêve-symptôme-depression-saint-germain-en-layeUn souvenir d’enfance de Léonard de Vinci (1910) est un texte qui vient faire suite au retour de Freud d’Amérique et prend naissance dans l’énigme que représentait pour lui Léonard de Vinci, aussi dans le rapport que celui-ci entretenait avec sa sexualité, et comment cela pouvait se traduire. Cet essai, après avoir détaillé longuement l’enfance, la vie, l’œuvre et la sexualité de Léonard de Vinci, est une éloge. La fascination de Freud pour lui, que l’on peut voir par tous les qualificatifs qu’il utilise, laisse ensuite place à une étude clinique de son inhibition dans son travail, de sa « lenteur », de son « inactivité et indifférence ». Il met alors en résonnance sa sexualité, empreinte d’évitement et de dégoût, en tout cas d’une inhibition tout aussi rigide.

Freud profite de cette analyse pour aller encore plus loin dans ses théorisations sur la sexualité infantile, sur les désirs primaires de savoir et de comprendre et sur le refoulement : il parle d’un refoulement du sexuel et de la frustration (issue de la compréhension insupportable que peut avoir l’enfant de son immaturité sexuelle).

C’est dans cette étude qu’il commence à penser le destin des pulsions, au travers de l’inhibition ou du refoulement, quand pour d’autres il s’agira de sublimation. Pour Freud, Léonard de Vinci est un cas exemplaire de sublimation. il va justifier cela en étudiant un souvenir de l’artiste issu de sa plus jeune enfance : Le vautour se posant sur son berceau et lui ouvrant la bouche avec sa queue.

Alors Freud analyse ce souvenir comme toute création psychique et tente de lui donner du sens, un sens sexuel inconscient. Il fait d’abord le lien avec un fantasme homosexuel de fellation, puis il articule phallus-sein en proposant l’idée qu’il s’agissait là plutôt d’une réélaboration de la première jouissance : celle du sein maternel. La caractéristique de cette création psychique, c’est qu’il y a eu substitution de la mère par le vautour : c’est cette modification que Freud va se charger d’interroger également. Il va aussi tenter , par exemple, d’expliquer pourquoi ces contenus mnésiques ont été condensés, réélaborés en une situation homosexuelle, en disant que Léonard de Vinci pouvait en être resté à l’idée du pénis maternel (théorie sexuelle infantile), à un niveau inconscient.

Il s’agit d’un long texte, riche et précis, tout aussi discutable que la Gradiva (1906) de Jensen. Il est cependant intéressant, encore une fois, en ce que ce texte justifie les théories de Freud et vient donner exemple à ce qu’il avance, tout en restant une analyse lointaine de la clinique.

De la psychanalyse « sauvage » (1910) est un texte court mais que j’ai trouvé très important car Freud y expose les principes de la pratique analytique, en réponse à ce qu’une patiente a pu lui dire de la pratique d’un autre médecin. Ce texte permet à Freud d’affirmer que, pour exercer la psychanalyse avec déontologie et se dire psychanalyste, il faut avoir reçu de l’enseignement théorique et clinique, et effectué sa propre analyse.

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Daniel Paul Schreber, né le 25 juillet 1842 à Leipzig et mort le 14 avril 1911 est un magistrat allemand. Il est célèbre pour ses délires psychotiques, qu’il raconte dans un ouvrage autobiographique : Mémoires d’un névropathe.

Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa (dementia paranoides) décrit sous forme autobiographique (1910) est l’étude des récits du Président Schreber. Il fait alors l’exposition de sa théorie sur la paranoïa, surtout d’un point de vue descriptif. Dans cet exemple, pour Freud, c’est l’arrivée d’une motion homosexuelle insupportable qui est à l’origine de l’entrée dans le délire qui a une fonction d’écran. Freud parle donc des constructions délirantes, des idées de grandeur, des mouvements hypocondriaques, d’idées de toute puissance, de projection, de fixation au stade de l’auto-érotisme, de tentative d’auto-guérison (de reconstruction), du moi qui devient débordant à cause de la libido déliée qui alimente le Moi.

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