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Inhibition, symptôme et angoisse

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À partir d’une lecture de : FREUD, S. (2006). Autoprésentation – Inhibition, symptôme et angoisse – Autres textes : 1923-1925. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome XVII. Paris, PUF.

En 1924, Freud publie deux articles qui visent à proposer une distinction entre la névrose et la psychose. Il s’agit de Névrose et psychose (1924) et de La perte de la réalité dans la névrose et la psychose (1924). Cette première réelle tentative de différenciation fait directement suite à un autre article paru précédemment : Le moi et le ça (1923).

Dans Névrose et Psychose (1924), Freud pose une première différenciation fondamentale : « La névrose serait le succès d’un conflit entre le moi et son ça, la psychose, elle, l’issue analogue d’une telle perturbation dans les relations entre moi et monde extérieur » (p. 3).

J’ai beaucoup apprécié la lecture de La perte de la réalité dans la névrose et la psychose (1924) puisque Freud met en évidence de façon très précise des traits de différenciation mais aussi des traits communs aux deux structures.

 

NÉVROSE

PSYCHOSE

Le moi est aliéné à la réalité et réprime un fragment du ça (de la vie pulsionnelle). Il s’agit alors de la surpuissance de l’influence du réel.

La perte de réalité est donc évitée.

Le moi se met au service du ça en se retirant d’un fragment de la réalité. Il s’agit alors de la surpuissance du ça.

La perte de réalité est présente d’emblée.

Freud met aussi en évidence que dans la névrose, d’une certaine manière, le rapport à la réalité du patient est influencé. La névrose pourrait être un moyen de se distancier d’elle. En effet, l’éloignement de la réalité dans la névrose serait la conséquence de l’échec du refoulement. Cet éloignement touche précisément cette partie de la réalité qui a eu pour conséquence le refoulement, à cause de ses exigences.

Freud prend alors l’exemple de cette jeune fille, amoureuse de son beau-frère et se trouvant devant le lit de mort de sa sœur. À ce moment elle est traversée par l’idée que puisque son beau-frère est maintenant libre, elle pourrait l’épouser. Deux destins s’ouvriraient alors en fonction de la structure :

  • Névrose : Refoulement de la revendication pulsionnelle. La perte est alors compensée au prix d’une tentative de restriction du ça. Si le refoulement échoue il peut y avoir la création d’un symptôme ;
  • Psychose : Dénier la mort de la sœur. Le moi serait dans un premier temps clivé, une partie déniant la réalité (la mort de la sœur) et une seconde partie essayant de reconstituer la réalité à partir du ça. La psychose utiliserait alors une voie plus autocratique, créant une nouvelle réalité à laquelle, à la différence de celle qui est abandonnée, l’individu ne se heurte pas.

Dans les deux cas, le ça est puissant et c’est lui qui ne se laisse pas dompter par la réalité. Névrose et psychose seraient donc l’une comme l’autre des expressions de la rébellion du ça. La différence ne situe donc pas ici dans les origines mais dans l’adaptation du moi.

 

NÉVROSE

PSYCHOSE

Un fragment de la réalité est évité sur le mode de la fuite. Le névrose ne dénie pas la réalité, elle veut seulement ne rien savoir d’elle.

L’angoisse, qui apparaît lorsque le refoulé tente de s’exprimer, est le résultat d’un conflit entre le désir et la répression. Le symptôme propose la création d’un compromis et une satisfaction incomplète.

La moi a cédé à sa dépendance par rapport au monde réel et à ses exigences.

Un fragment de la réalité est reconstruit. L’insupportable du réel est dénié et la psychose cherche à remplacer cette réalité. La voie hallucinatoire, les délires, peuvent avoir cette fonction.

Le moi a cédé à sa dépendance à l’égard du ça.

Par rapport à la vie fantasmatique, Freud dit que la névrose – par la voie de la régression – y puise le matériel qu’exigent les nouvelles formations de désir. Dans la névrose, le monde fantasmatique aime s’étayer, comme le jeu de l’enfant, sur un fragment de la réalité tout en s’exprimant par des voies détournées (plus symboliques). Dans la psychose, le monde fantasmatique est le lieu où sont pris les modèles utilisés pour la reconstruction de la réalité. Autrement dit, le monde fantasmatique tendrait à se mettre à la place de la réalité extérieure.

 

NÉVROSE Surinfluence du réel

PSYCHOSE Surinfluence du ça

PREMIER TEMPS

Refoulement Fuite/évitement du réel

Moi coupé de la réalité Déni du réel

DEUXIÈME TEMPS

Échec du refoulement

Utilisation symbolique du monde fantasmatique

Reconstitution aux frais du ça de la relation à la réalité

Projection dans le réel du monde fantasmatique

Dans Les résistances contre la psychanalyse (1925), Freud discute les différentes attaques et critiques qui sont adressées à la psychanalyse. Il développe l’idée que les résistances qui animent les opposants sont de même nature que celles qui animent l’individu dans sa cure personnelle. Il remet en cause également la valeur des critiques en disant que, ne peuvent apporter un avis sur la psychanalyse que ceux qui en ont fait l’expérience ou qui l’étudient.

psy-par-telephone-78Dans La négation (1925), à partir de plusieurs exemples, Freud aborde la question de l’usage du négatif dans le discours du patient. Pour lui, il faut faire abstraction de la négation car c’est pour l’inconscient un moyen d’expression très souvent utilisé : « Un contenu de représentation ou de pensée refoulé peut donc pénétrer jusqu’à la conscience à la condition de se faire nier. La négation est une manière de prendre connaissance du refoulé, à vrai dire déjà une suppression du refoulement, mais certes pas une admission du refoulé » (p. 167-168). C’est une indication importante car, au-delà de la négation, Freud nous signale qu’il faut inviter le patient à apporter une attention particulière surtout sur ce qu’il juge, critique ou met de côté.

J’ai trouvé très intéressante la manière dont Freud commençait son article intitulé Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique (1925) : « Mais à cette époque le temps s’étendait à perte de vue devant moi – (…) – et le matériel affluait vers moi en telle abondance que je ne pouvais guère opposer de défense aux expériences. J’étais également le seul à travailler dans ce domaine nouveau, ma retenue n’entraînait pour moi aucun danger et pour d’autres aucun dommage. Maintenant tout cela a changé. Le temps devant moi est limité, il n’est plus totalement mis à profit par le travail ; les occasions de faire de nouvelles expériences n’arrivent donc pas avec la même abondance » (p. 192). Cela montre les nouvelles préoccupations de Freud face à son travail et à ses recherches : son âge, les autres psychanalystes, le manque de clinique. Au niveau théorique, ce texte précise les différences dans le rapport à la castration, en fonction du sexe de l’enfant : « Chez la fille, il manque le motif pour la ruine du complexe d’Œdipe. La castration a déjà produit son effet plus tôt et celui-ci consistait à pousser l’enfant dans la situation du complexe d’Œdipe. C’est pourquoi ce dernier échappe au destin qui lui est réservé chez le garçon, il peut être quitté lentement, être liquidé par refoulement, et déplacer ses effets loin dans ce qui est la vie d’âme normale de la femme. On hésite à l’énoncer, mais on ne peut cependant se défendre de l’idée que le niveau de ce qui est moralement normal devient autre pour la femme. Le sur-moi ne devient jamais aussi impitoyable, aussi impersonnel, aussi indépendant de ses origines affectives que nous l’exigeons d’un homme » (p. 201).

 

Dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), Freud différencie au niveau phénoménologique, d’une part le symptôme, d’autre par les inhibitions et enfin l’angoisse. La différence fondamentale, entre le symptôme et l’inhibition, c’est que cette dernière n’est pas nécessairement quelque chose de pathologique (il y a des inhibitions normales), alors que le symptôme est forcément l’indice d’un processus morbide. Cependant, il ne faut pas oublier que le symptôme, en soi, peut être un symptôme. Autrement dit, l’inhibition est présentée comme un processus du moi, contrairement au symptôme, résultant quant à lui d’un conflit entre plusieurs instances et s’imposant comme substitut : « Le symptôme serait indice et substitut d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu, un succès du processus de refoulement » (p. 209). L’angoisse, quant à elle, se situe exclusivement dans le moi. Freud précise aussi que c’est l’angoisse qui engendre le refoulement, et non pas le refoulement qui est à l’origine de l’angoisse (p. 226). L’angoisse, comme phénomène central de la névrose, est présentée comme une mise en garde, un signal d’alarme, un apprêtement du moi par l’angoisse qui protège d’un potentiel risque (en gardant le moi vigile et attentif) :

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« Nous disions qu’aussitôt que le moi a reconnu le danger de castration, il donne le signal d’angoisse et inhibe, au moyen de l’instance plaisir-déplaisir, d’une manière que nous ne pouvons pénétrer plus avant, le processus d’investissement menaçant dans le ça » (p. 242) ; « L’angoisse fit son apparition comme réaction à un état de danger, elle est maintenant régulièrement reproduite quand un tel état s’installe de nouveau » (p. 249).

Freud décrit également de manière précise les différentes articulations, entre complexe d’Œdipe, complexe de castration, période de latence, adolescence, puberté, tout en expliquant la formation du sur-moi. À la fin de l’article, Freud précise le lien entre l’angoisse et le symptôme : « Toute formation de symptôme ne serait entreprise que pour échapper à l’angoisse » (p. 259). À la lecture de cet article, je me suis interrogé sur l’utilisation du mot « refoulement », par rapport à ce que Freud distingue des refoulements et des post-foulements.

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