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Les écrits techniques de Freud [Lacan]

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À partir d’une lecture de : 

LACAN, J. (1975). Les écrits techniques de Freud, 1953-1954. Le Séminaire, Livre I. Paris, Éditions du Seuil.

Dans ce premier livre, Lacan reprend les travaux de Freud, tantôt pour les confirmer, tantôt pour les critiquer, tantôt pour les préciser. Il est à la fois admiratif – « Si nous considérons que nous sommes ici pour nous pencher avec admiration sur les textes freudiens et nous en émerveiller, nous aurons évidemment toute satisfaction. (…). Sa personnalité s’y découvre parfois d’une façon tellement directe qu’on ne peut pas manquer de l’y retrouver. La simplicité et la franchise du ton sont déjà, à elles toutes seules, une sorte de leçon. » (p. 20-21) – et en même temps très critique – « Le patient n’est pour lui, on le sent tout le temps, qu’une espèce d’appui, de question, de contrôle à l’occasion, dans la voie où lui, Freud, s’avance solitaire. D’où le drame, (…), de sa recherche. Le drame qui va, dans chacun des cas qu’il nous a apportés, jusqu’à l’échec. » (p. 30)

On peut aussi dire que les psychanalystes de l’époque – comme souvent Anna Freud ou Mélanie Klein – pouvaient aussi en prendre pour leur grade : « Quand, pour l’heure – (…) – on observe la façon dont les divers praticiens de l’analyse pensent, expriment, conçoivent, leur technique, on se dit que les choses sont à un point qu’il n’est pas exagéré d’appeler la confusion la plus radicale. Je vous mets au fait qu’actuellement, parmi les analystes, et qui pensent – ce qui déjà rétrécit le cercle – il n’y en a peut-être pas un seul qui se fasse, dans le fond, la même idée qu’un quelconque de ses contemporains ou de ses voisins sur le sujet de ce qu’on fait, de ce qu’on vise, de ce qu’on obtient, de ce dont il s’agit dans l’analyse. » (p. 22). C’est de ce constat qu’il part pour, à partir des écrits techniques de Freud, répondre à la question du but de la psychanalyse, de l’émergence et de la place du transfert (avec quelques pistes pour son maniement) tout en réfléchissant à la place de la résistance dans la cure et dans la parole des patients.

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Le moment de la résistance (du 13/01/1954 au 17/02/1954)

Le point qui me semble être ici le plus important est la manière qu’il a de différencier la résistance du côté du patient et la résistance du côté du psychanalyste. Il différencie pour cela l’ego de l’être et l’ego du psychanalyste. Il dit d’ailleurs que « le contre-transfert n’est rien d’autre que la fonction de l’ego de l’analyste, ce que j’ai appelé la somme des préjugés de l’analyste. » (p. 41). Penser l’implication du clinicien à ce niveau l’a aussi conduit à critiquer les interprétations dans la cure : « L’analyste se croit ici autorisé à faire ce que j’appellerai une interprétation d’ego à ego, ou d’égal à égal – permettez-moi le jeu de mots – autrement dit, une interprétation dont le fondement et le mécanisme ne peuvent être distingués en rien de celui de la projection. (…). Cette interprétation de la défense, que j’appelle d’ego à ego, il convient, quelle que soit sa valeur éventuelle, de s’en abstenir. » (p. 56-57). À ce propos, il dit plus loin dans son séminaire – dans Au delà de la psychologie (05/1954) – que plus qu’interpréter au sens freudien et kleinien du terme, le psychanalyste est là pour nommer le désir au moment précis où celui-ci se montre dans le discours : « Les occasions [de l’interprétation du transfert] ne sont pas fréquentes, et ne peuvent pas se saisir d’une façon seulement approchée. Ce n’est pas autour, ni alentour, ni avant, ni après, mais au moment précis où ce qui est près d’éclore dans l’imaginaire est en même temps là dans la relation verbale avec l’analyste, que l’interprétation doit être donnée pour sa valeur décisive, sa fonction mutatiste, puisse s’exercer. Qu’est-ce à dire ? – sinon que c’est le moment où l’imaginaire et le réel de la situation analytique se confondent. (…) Le désir du sujet est là, dans la situation, à la fois présent et inexprimable. Le nommer, (…), à cela doit se limiter l’intervention de l’analyste. C’est le seul point où sa parole ait à s’ajouter à celle que fomente le patient au cours de son long monologue, moulin à paroles. » (p. 293)

Il fait aussi l’explication de ce qu’est l’histoire du patient, l’histoire racontée dans le présent, ses souvenirs, ses remémorations et le travail d’historicisation qui se fait dans la cure : « L’histoire n’est pas le passé. L’histoire est le passé pour autant qu’il est historisé dans le présent – historisé dans le présent parce qu’il a été vécu dans le passé. » (p. 25) ; « Le fait que le sujet revive, se remémore, au sens intuitif du mot, les événements formateurs de son existence, n’est pas en soi-même tellement important. Ce qui compte, c’est ce qu’il en reconstruit. » (p. 27)

Lacan vient préciser – à partir des Studien über Hysterie – que la résistance est présente à partir du nœud pathogène à l’origine des symptômes, noyau que le patient cherche à découvrir. Cependant, il met en évidence que « la résistance est cette inflexion que prend le discours à l’approche de ce noyau. » (p. 62) ; « C’est dans le mouvement par où le sujet s’avoue qu’apparaît un phénomène qui est résistance. Quand cette résistance devient trop forte, surgit le transfert. » (p. 69) ; « La résistance se présente par le bout transférentiel. » (p. 77)

Lacan dit que l’enjeu d’une cure est de reconnaître la fonction que prend le psychanalysant dans l’ordre des relations symboliques qui organisent toutes les relations humaines (à partir du complexe œdipe présenté comme une « cellule initiale » (p. 111)).

La topique de l’imaginaire du 24/02/1954 au 07/04/1954)

Lacan propose dans cette partie de faire l’exposé de l’expérience du bouquet renversé, pour « illustrer d’une façon particulièrement simple ce qui résulte de l’intrication étroite du monde imaginaire et du monde réel dans l’économie psychique. » (p. 127). Il défend ici l’idée que sans l’imaginaire, le symbolique et le réel en tant que systèmes de référence, il est impossible de saisir vraiment le contenu de la théorie freudienne. Il reprend sa théorisation sur le stade du miroir, différencie introjection et projection, souligne l’importance de la parole en tant qu’elle donne une place au sujet, l’incluant dans le monde symbolique.

Lacan dit que le surmoi se situe sur le plan symbolique de la parole contrairement à l’idéal du moi. Pour lui, le surmoi est la loi, mais il est aussi impératif,, insensé et débordé, destructeur et opprimant. Il dit : « Le surmoi est contraignant et l’idéal du moi exaltant. » (p. 164) ; « Le surmoi finit par s’identifier à ce qu’il y a seulement de plus ravageant, de plus fascinant, dans les expériences primitives du sujet. Il finit par s’identifier à ce que j’appelle la figure féroce. » (p. 165)

Pour Lacan, la notion de transfert est « plurivalente » (p. 181), c’est-à-dire qu’elle s’exerce à la fois dans le registre du symbolique, dans celui du réel et dans celui de l’imaginaire. Il faut aussi une présentation des deux narcissismes, fait une différence entre libido et désir, puis entre idéal du moi et moi-idéal. Lacan aborde ensuite la place du désir inconscient en arrière du discours manifeste du rêve. Je trouve intéressante la manière qu’il a de distinguer sublimation et idéalisation : « La sublimation est un processus de la libido objectale. L’idéalisation au contraire concerne l’objet qui est agrandi, élevé, et ce sans modifications de sa nature. L’idéalisation est possible aussi bien dans le domaine de la libido du moi que dans celui de la libido objectale. » (p. 212).

Au delà de la psychologie (du 05/05/1954 au 19/05/1954)

Ignorance, méconnaissance, savoir et lien avec la vérité.

Ces passages m’ont beaucoup aidé pour penser ma clinique : « On comprend par là la technique analytique. On y lâche en effet toutes les amarres de la relation parlée, on rompt la relation de courtoisie, de respect, d’obéissance à l’autre. Association libre, ce terme définit excessivement mal ce dont il s’agit – ce sont les amarres de la conversation avec l’autre que nous essayons de couper. Dès lors, le sujet se trouve dans une certaine mobilité par rapport à cet univers de langage où nous l’engageons. Pendant qu’il accommode son désir en présence de l’autre, il se produit sur le plan imaginaire cette oscillation du miroir qui permet à des choses imaginaires et réelles qui n’ont pas l’habitude de coexister pour le sujet, de se rencontrer dans une certaine simultanéité, ou en certains contrastes. » (p. 273) ; « C’est la rupture des amarres de la parole qui permet au sujet de voir, au moins successivement, les diverses parts de son image, et d’obtenir ce que nous pouvons appeler une projection narcissique maxima. L’analyse à cet égard est assez rudimentaire encore, puisque ça consiste au début, il faut bien le dire, à lâcher tout, en voyant ce que ça va produire. » (p. 284)

L’ego est une fonction imaginaire (p. 301). À ce moment-là du séminaire, il est question du but de la psychanalyse. Lacan dit qu’il ne s’agit pas seulement de formuler ses désirs inconscients, mais qu’il y a une chute du rapport à l’objet, un rapport différent avec l’ego. Dans Les impasses de Michaël Balint (du 26/05/1954 au 09/06/1954), je retiens seulement ce qu’il précise de la fin de la psychanalyse : « C’est bien de cela qu’il s’agit, au terme de l’analyse, d’un crépuscule, d’un déclin imaginaire du monde, et même d’une expérience à la limite de la dépersonnalisation. C’est alors que le contingent tombe – l’accidentel, le traumatisme, les accrocs de l’histoire – Et c’est l’être qui vient alors à se constituer » (p. 358)

La parole dans le transfert (du 16/06/1954 au 07/07/1954)

Mise en évidence des passions de l’âme, des voies de réalisation de l’être : amour, haine et ignorance (y compris du côté du clinicien avec la distinction de l’ ignorentia docta et de l’ignorentia docens). Distinction de l’amour et du désir / La vérité dans la méprise : « Les choses vont plus loin – il n’y a pas d’erreur qui ne se pose et ne s’enseigne comme vérité. Pour tout dire, l’erreur est l’incarnation habituelle de la vérité. » (p. 401) / Nouvelle formulation du but de la psychanalyse : « Quand l’image que le sujet exige se confond pour le sujet avec la réalité où il est situé. Tout le progrès de l’analyse est de lui montrer la distinction de ces deux plans, de décoller l’imaginaire et le réel. » (p. 367) / « Le fondement même de la structure du langage, c’est le signifiant. » (p. 401)

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