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Les psychoses chez Jacques Lacan, et dans la psychanalyse

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À partir d’une lecture de :

LACAN, J. (1981). Les psychoses, 1955-1956. Le Séminaire, Livre III. Paris, Éditions du Seuil.

Lacan se propose d’aborder le problème de la psychose, sujet n’ayant été que très peu abordé par Freud. Il indique que ce problème pose des questions nosographiques, cliniques et techniques, mais qu’il n’en reste pas moins que la psychose reste l’affaire des psychanalystes. Tout au long de ce séminaire, Lacan reprend l’exposé freudien du cas Schreber.

Dans Introduction à la question des psychoses (16/11/1956), Lacan remet en question l’idée que « l’inconscient est en surface, est conscient » (p. 20). Pour lui la vraie question à se poser n’est pas de savoir pourquoi l’inconscient est mais pourquoi il apparaît dans le réel. Il commence dès le départ à différencier Verwerfung et Verneinung.

Dans La signification du délire (23/11/1955), Lacan reprend brièvement l’histoire du concept de paranoïa, donne son avis sur son éclosion et ce qu’il appelle « le moment fécond » (p. 26), éclosion qui n’est pas insidieuse selon lui.

Dans L’autre et la psychose (30/11/1955), en commençant l’exposé du cas Schreber, Lacan propose d’aller plus loin que les explications jusque-là proposées : « Vous savez que la psychanalyse explique le cas du président Schreber, et la paranoïa en général, par un schéma suivant lequel la pulsion inconsciente du sujet n’est autre qu’une tendance homosexuelle » (p. 39). Pour cela, il va reprendre à la base la différenciation entre psychose et névrose. Il va articuler cette élaboration avec sa conception du monde des signifiants et du signifié, avec le moi et les registres R.S.I.

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Dans Je viens de chez le charcutier (07/12/1955), Lacan précise de quelle manière le rapport à la réalité est perturbé dans la névrose et dans la psychose : « Freud le souligne d’emblée, la réalité qui est sacrifiée dans la névrose est une partie de la réalité psychique. (…). Au moment où il déclenche sa névrose, le sujet élide, scotomise comme on a dit depuis, une partie de sa réalité psychique. (…). Cette partie est oubliée, mais continue à se faire entendre (…) – d’une façon symbolique. » (p. 56) / « À quoi il oppose la psychose, où c’est avec la réalité extérieure qu’un moment il y a eu trou, rupture, déchirure, béance. (…) Dans la psychose (…), c’est bel et bien la réalité elle-même qui est d’abord pourvue d’un trou, que viendra ensuite combler le monde fantasmatique. » (p. 56) > Lacan, s’appuyant sur Freud, rappelle qu’on ne peut pas se limiter à parler de projection pour désigner le comblement par « la pièce rapportée du fantasme » (p. 57).

Dans D’un Dieu qui ne trompe pas, et d’un qui trompe (21/12/1955), je retiens ces citations intéressantes : « Qu’est-ce que le refoulement pour le névrosé ? C’est une langue, une autre langue qu’il fabrique avec ses symptômes, c’est-à-dire, si c’est un hystérique ou un obsessionnel, avec la dialectique imaginaire de lui et de l’autre. Le symptôme névrotique joue le rôle de la langue qui permet d’exprimer le refoulement. C’est bien ce qui nous fait toucher du doigt que le refoulement et le retour du refoulé sont une seule et même chose, l’endroit et l’envers d’un seul et même processus. » (p. 72) / « J’ai commencé par distinguer les trois sphères de la parole comme telle. Vous vous rappelez que nous pouvons, à l’intérieur même du phénomène de la parole, intégrer les trois plans du symbolique, représenté par le signifiant, de l’imaginaire, représenté par la signification, et du réel, qui est le discours bel et bien tenu réellement dans sa dimension diachronique. » (p. 75-76)

Dans Le phénomène psychotique et son mécanisme (11/01/1956), je crois que l’idée principale est ici le décalage du nœud central de la psychose, qui n’est plus seulement le rapport à la réalité mais le rapport à la certitude : « La réalité n’est pas ce qui est en cause. Le sujet admet, par tous les détours explicatifs verbalement développés qui sont à sa portée, que ces phénomènes sont d’un autre ordre que le réel, il sait bien que leur réalité n’est pas assurée, il en admet même jusqu’à un certain point l’irréalité. Mais, contrairement au sujet normal pour qui la réalité vient dans son assiette, il a une certitude, qui est que ce dont il s’agit – de l’hallucination à l’interprétation – le concerne. Ce n’est pas de réalité qu’il s’agit chez lui, mais de certitude » (p. 87-88). Lacan propose aussi de différencier précisément Verdichtunh, Verdrängung et Verneinung (p. 96-97).

Dans La dissolution imaginaire (18/01/1956), Lacan – qui cherche à expliquer le trou dans la chaîne signifiante, en vient à parler de la place du père dans l’expérience œdipienne : « Ce n’est qu’un apologue destiné à nous montrer que l’ambiguïté, la béance de la relation imaginaire exige quelque chose qui maintienne relation, fonction et distance. C’est le sens même du complexe d’Œdipe. Le complexe d’Œdipe veut dire que la relation imaginaire, conflictuelle, incestueuse en elle-même, est vouée au conflit et à la ruine. Pour que l’être humain puisse établir la relation la plus naturelle, celle du mâle à la femelle, il faut qu’intervienne un tiers, qui soit l’image de quelque chose de réussi, le modèle d’une harmonie. Ce n’est pas assez dire – il faut une loi, une chaîne, un ordre symbolique, l’intervention de l’ordre de la parole, c’est-à-dire du père. Non pas le père naturel, mais de ce qui s’appelle le père. L’ordre qui empêche la collision et l’éclatement de la citation dans l’ensemble est fondé sur l’existence de ce nom du père. » (p. 111)

Dans La phrase symbolique (25/01/1956), Lacan explique qu’il ne faut pas se limiter à l’idée que la réalisation du désir refoulé se fait sur le plan symbolique dans la névrose et sur le plan imaginaire dans la psychose. Il dit que la différence se situe aussi dans l’usage que fait l’être de son désir et dans son rapport à la certitude.

Dans Du non-sens, et de la structure de Dieu (01/02/1956), Lacan donne une place fondamentale au signifiant dans le langage : « L’inconscient est, dans son fond, structuré, tramé, chaîné, tissé de langage. Et non seulement le signifiant y joue un aussi grand rôle que le signifié, mais il y joue le rôle fondamental » (p. 135) / « Ainsi que tout discours, un délire est à juger d’abord comme un champ de signification ayant organisé un certain signifiant, de sorte que les premières règles d’un bon interrogatoire, et d’une bonne investigation des psychoses, pourrait être de laisser parler le plus longtemps possible. » (p. 137) / « Ne savons-nous pas, psychanalystes, que le sujet normal est essentiellement quelqu’un qui se met dans la position de ne pas prendre au sérieux la plus grande part de son discours intérieur ? Observez-bien chez les sujets normaux, et par conséquent chez vous-même, le nombre de choses dont c’est vraiment votre occupation fondamentale que de ne pas les prendre au sérieux. Ce n’est peut-être rien d’autre que la première différence entre vous et l’aliéné. Et c’est pourquoi l’aliéné incarne pour beaucoup, et sans même qu’il se le dise, là où ça nous conduirait si nous commencions à prendre les choses au sérieux. » (p. 140)

Dans Du rejet d’un signifiant primordial (15/02/1956), Lacan dit que l’inconscient n’est pas seulement là, c’est qu’il ne fonctionne pas, c’est que le refoulement ne peut pas se produire lorsque l’être se trouve devant le signifiant manquant (p. 164).

Dans Des signifiants, comme tel, ne signifie rien (11/04/1956), Lacan fait un lien entre surmoi et signifiant, puis il s’interroge sur la notion de structure : « La notion de structure est déjà par elle-même une manifestation du signifiant. (…) S’intéresser à la structure, c’est ne pouvoir négliger le signifiant » (p. 208). Je retiens ce passage intéressant aussi : « Je suis sur la mer, capitaine d’un petit navire. Je vois les choses qui dans la nuit s’agitent, d’une façon qui me laisse à penser qu’il peut s’agir d’un signe. Comment vais-je réagir ? Si je ne suis pas encore un être humain, je réagis par toutes sortes de manifestations, comme on dit, modelées, motrices et émotionnelles, je satisfais aux descriptions des psychologues, je comprends quelque chose, enfin je fais tout ce que je vous dis qu’il faut savoir ne pas faire. Si par contre je suis un être humain, j’inscris sur mon tableau de bord – À telle heure, par tel degré de longitude et de latitude, nous apercevons ceci et cela. (…). C’est là que commence l’ordre du signifiant en tant qu’il se distingue de l’ordre de la signification.  » (p. 213)

Dans Des signifiants primordiaux, et du manque d’un (18/04/1956) : « La question supplémentaire que je vous invite à vous poser est celle-ci – n’est-il pas concevable chez les sujets immédiatement accessibles que sont les psychotiques de considérer les conséquences du manque essentiel d’un signifiant ? » (p. 227) / « La psychose consiste en un trou, un manque au niveau du signifiant. » (p. 227) / Métaphore du tabouret : « Le manque d’un signifiant amène nécessairement le sujet à remettre en cause l’ensemble du signifiant. » (p. 229)

Dans L’appel, l’allusion (31/05/1956) : « Si le névrosé habite le langage, le psychotique est habité, possédé, par le langage. » (p. 284)

Dans Le point de capiton (06/06/1956) : Le point de capiton est présenté comme un point de convergence qui permet de situer tout ce qui se passe dans ce discours, c’est le nœud formé par les signifiants fondamentaux.

Dans La grand’route et le signifiant « être père » (20/06/1956), Lacan propose la métaphore des routes et des grandes routes pour illustrer l’importance du signifiant, ce qu’il permet, et ce que cela déclenche quand il est absent. Le signifiant est fondamental en ce qu’il lie plusieurs significations entre elles, il a une fonction de polarisation.

Dans Le phallus et le météore (04/07/1956) Lacan introduit son prochain séminaire sur la relation d’objet : « Cela est si fondamental que si nous essayons de situer dans un schéma ce qui fait tenir debout la conception freudienne du complexe d’Œdipe, ce n’est pas d’un triangle père-mère-enfant dont il s’agit, c’est d’un triangle (père)-phallus-mère-enfant. Où est le père là-dedans ? Il est dans l’anneau qui fait tenir tout ensemble. » (p. 359)

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